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Stratégie

Peut-on mettre son cabinet en location-gérance avant de le vendre ?

Mis à jour le 30 juillet 2026

En bref

Oui, en principe : la location-gérance permet au propriétaire d’un fonds d’en confier l’exploitation à un locataire-gérant qui l’exploite à ses risques contre une redevance (articles L.144-1 et suivants du Code de commerce). Depuis la loi PACTE (loi n° 2019-744 du 19 juillet 2019), l’ancienne obligation d’avoir exploité le fonds pendant deux ans a été supprimée. Mais pour un cabinet d’administration de biens, un verrou demeure : la carte professionnelle « loi Hoguet » n’est pas transmissible, si bien que le locataire-gérant doit être lui-même titulaire de sa propre carte pour exploiter légalement. La location-gérance peut donc servir de transition ou de période d’essai avant une cession, sans dispenser des exigences propres au métier.

Qu’est-ce que la location-gérance d’un cabinet ?

La location-gérance est le contrat par lequel le propriétaire ou l’exploitant d’un fonds de commerce en concède l’exploitation à un locataire-gérant, qui l’exploite à ses risques et périls, en son nom, moyennant le paiement d’une redevance (articles L.144-1 et suivants du Code de commerce). Appliquée à un cabinet d’administration de biens, l’idée serait de confier l’exploitation du portefeuille de mandats à un tiers — un repreneur pressenti, un cadre du cabinet — sans transférer immédiatement la propriété du fonds. Le loueur reste propriétaire ; il perçoit une redevance au lieu d’un prix de cession.

C’est un outil de transition : il permet de tester une reprise, d’organiser un passage de relais progressif, ou de continuer à percevoir des revenus du fonds sans l’exploiter soi-même. Il se distingue nettement d’une cession, où la propriété change de mains définitivement.

Ce que la loi PACTE a changé

Jusqu’en 2019, la mise en location-gérance était soumise à une condition d’ancienneté : le loueur devait avoir exploité le fonds pendant au moins deux ans. La loi n° 2019-744 du 19 juillet 2019, dite loi PACTE, a abrogé l’article du Code de commerce qui posait cette exigence. Résultat : un propriétaire de fonds peut désormais le mettre en location-gérance sans délai d’exploitation préalable. Cette simplification élargit le recours à l’outil, notamment pour préparer une transmission.

Une facilité, pas une dispense

La suppression du délai de deux ans facilite la mise en location-gérance sur le plan du droit commercial général. Elle ne lève en rien les obligations propres à l’administration de biens, qui restent le point déterminant pour un cabinet.

Le verrou de l’administration de biens : la carte professionnelle

C’est le point central, souvent ignoré des schémas généraux de location-gérance. L’activité de gestion locative et de syndic est réglementée par la loi Hoguet : elle suppose une carte professionnelle (carte G pour la gestion, carte S pour le syndic), une garantie financière et une assurance de responsabilité civile professionnelle. Or la carte professionnelle est attachée à la personne qui exploite et n’est pas transmissible.

Conséquence : un locataire-gérant qui exploite le portefeuille en son nom doit détenir sa propre carte professionnelle et ses propres garanties. La location-gérance ne permet donc pas de « prêter » l’agrément du cédant. Elle ne fonctionne que si le locataire-gérant est déjà, ou devient, un professionnel habilité. C’est une différence majeure avec la location-gérance d’un commerce classique.

Location-gérance et cession directe : ce qui les distingue pour un cabinet
CritèreLocation-géranceCession (fonds ou titres)
Propriété du fondsReste au loueurTransférée à l’acquéreur
RémunérationRedevance périodiquePrix de cession
Risque d’exploitationPorté par le locataire-gérantPorté par l’acquéreur
Carte professionnelleLe locataire-gérant doit détenir la sienneL’acquéreur doit détenir la sienne
RéversibilitéÉlevée (fin du contrat)Faible (opération définitive)

Source : Articles L.144-1 et suivants du Code de commerce (Légifrance) — régime de la location-gérance

Dans quels cas est-ce pertinent ?

La location-gérance peut avoir du sens dans quelques configurations précises : organiser une période d’essai avec un cadre du cabinet qui envisage la reprise (voir notre guide sur la cession à un salarié), assurer une transition lorsque le dirigeant veut lever le pied sans céder tout de suite, ou temporiser en attendant un repreneur définitif. Dans tous ces cas, le locataire-gérant pressenti doit pouvoir être habilité à exploiter.

À l’inverse, la plupart des cessions de cabinets se réalisent directement par cession de fonds ou de titres, sans passer par une location-gérance : le montage direct est plus simple, plus lisible pour le repreneur et évite la période intermédiaire où deux acteurs se partagent la relation au portefeuille. La location-gérance reste donc un outil de niche, à réserver aux situations où la progressivité a une vraie valeur.

Mandats et information des mandants

Les mandats de gestion et contrats de syndic sont conclus intuitu personae, en considération du professionnel titulaire. Un changement d’exploitant, même temporaire, ne se présume pas : il suppose de traiter la question du transfert des mandats et de l’information des mandants. Ce volet doit être cadré juridiquement avant toute mise en location-gérance.

Location-gérance ou cession : cadrer le choix en amont

Décider entre location-gérance et cession directe suppose d’avoir clarifié son objectif : transmettre définitivement, tester un repreneur, ou continuer à percevoir un revenu sans exploiter. Chaque voie a des conséquences juridiques, fiscales et opérationnelles distinctes. Un entretien confidentiel avec un opérateur du métier permet de poser ce cadre avant de s’engager, et d’évaluer la valeur du cabinet quel que soit le schéma envisagé.

Questions fréquentes


La location-gérance d’un cabinet est-elle légale ?

Le contrat de location-gérance est prévu par les articles L.144-1 et suivants du Code de commerce. Pour un cabinet d’administration de biens, il n’est envisageable que si le locataire-gérant détient sa propre carte professionnelle (loi Hoguet) et ses garanties, la carte n’étant pas transmissible.

Faut-il avoir exploité le cabinet pendant deux ans avant de le mettre en location-gérance ?

Non, plus depuis la loi PACTE (loi n° 2019-744 du 19 juillet 2019), qui a supprimé l’ancienne condition d’exploitation préalable de deux ans. La mise en location-gérance est désormais possible sans ce délai, sous réserve des exigences propres au métier réglementé.

Le locataire-gérant peut-il utiliser ma carte professionnelle ?

Non. La carte professionnelle est attachée à la personne qui exploite et n’est pas transmissible. Le locataire-gérant doit détenir sa propre carte G ou S, sa garantie financière et son assurance RCP pour exploiter le portefeuille légalement.

Location-gérance ou cession directe : que choisir ?

La cession directe (fonds ou titres) est le schéma le plus courant et le plus lisible. La location-gérance est un outil de transition utile pour tester une reprise ou organiser un passage de relais progressif, mais elle ajoute une phase intermédiaire et suppose un locataire-gérant déjà habilité.

Sources


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